La crise migratoire conjuguée à une crise économique, a fracturé le paysage politique européen et a contribué à une véritable fragmentation identitaire. Ainsi, on peut notamment observer une recrudescence des partis d’extrême droite en Europe et plus précisément en Allemagne[1].

Dimanche 28 octobre 2018, les élections régionales en Allemagne et plus particulièrement en Hesse et en Bavière, ont eu une retombée médiatique dépassant la simple portée locale de l’élection. Alors même que la CSU (union chrétienne sociale) dirige la région bavaroise depuis plus d’un demi siècle, celle ci a vu son emprise menacée par la montée de petits partis dont l’extrême droite.

La politique migratoire souple enclenchée par Angela Merkel, a suscité de nombreuses polémiques au sein de la vie politique allemande dans un sens large, mais aussi au niveau de l’opposition. Ce changement de politique a fait nourrir les voix du parti d’extrême droite : «  une alternative pour l’Allemagne » (AFD) qui profite des craintes de l’opinion publique suscitées par l’afflux de migrants.

Les petits partis, grands gagnants des élections régionales

De manière troublante, les scores annoncés la semaine précédente en Bavière sont une réplique de ceux établis en Hesse. Bien que le parti d’Angela Merkel, arrive dans la région de Hesse, certes en tête du scrutin cumulant entre 27 et 28% des voix,  ce score représente néanmoins une baisse d’une dizaine de points par rapport aux précédentes élections de 2013 où le parti avait alors obtenu 38,3% des suffrages.

Le parti social-démocrate (SPD) en ressort tout aussi affaibli avec 20% des voix, contre 30,7% il y a 5 ans en Hesse, où se situe la capitale financière de l’Allemagne, Francfort. Cette double sanction pour les partis de pouvoir au plan fédéral à Berlin, associés au sein d’une « grande coalition », est une mauvaise nouvelle pour Angela Merkel à un moment où elle est déjà politiquement affaiblie. Dès lors, on peut constater que c’est un succès pour les « petits partis » qui réalisent une avancée fulgurante. C’est notamment le cas du parti écologiste qui remporte 20 % des voix,  ainsi que pour le parti d’extrême droite, qui quand à lui rassemble 13 % des voix et lui permet d’entrer dans le parlement régional où il n’était pas encore représenté.

Vers une survie incertaine pour le gouvernement Merkel ?

La crise actuelle au sein de la coalition s’est impactée au niveau du scrutin. Cette fracture au sein même de cette famille politique a permis justement une plus grande visibilité des « petits partis » qui gagnent justement en envergure politique. C’est notamment le cas du parti écologiste « Grunen », dont Tarek Al Wazir, porte les préoccupations écologistes des allemands. Ce « tamponnage » par la branche écologiste pousse les membres les plus à gauche du SPD à se retirer de ce gouvernement de coalition et à réintégrer l’opposition.

Face à cette évolution, les détracteurs d’Angela Merkel dans son camp réclament « un coup de barre à droite » et demandent qu’elle prépare sa succession. Cette rébellion n’est pas nouvelle puisqu’au cours de cet été, la CSU, sous l’impulsion du Ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, avait déployé une stratégie droitière en Bavière afin de reconquérir les voix conquises par l’AFD en relançant les débats sur des thèmes clés, et ce notamment l’immigration. Cette stratégie de séduction n’a visiblement pas porté ses fruits et a donc, de facto placé la chancelière allemande dans une position difficilement tenable. Dans ce contexte, la chancelière affrontera un test crucial début décembre lors d’un congrès de la CDU où elle doit en principe remettre son poste de présidente du parti en jeu.

Muriel Chupin
M2 Sécurité Internationale, Défense et Intelligence Economique
de l’Université Sophia Antipolis, Nice

Notes de bas de page :

[1]Patrick Moreau, «  L’autre Allemagne»,  Vendémiaire, 2017