Dans la nuit du 11 au 12 juin, Donald Trump et Kim Jong Un se sont rencontrés à Singapour et sont parvenus à la signature d’un document prévoyant la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Cet événement de portée internationale nous permet de revenir à la fois sur les relations entre ces deux Etats et sur la question du nucléaire nord-coréen.
 
Quatre points principaux ont été soulevés, comme le rapportent nos confrères du journal Le Monde, dans ce document, à savoir :
  1. Les Etats-Unis et la Corée du Nord s’engagent à établir de nouvelles relations conformément à la volonté de paix et de prospérité des peuples des deux pays.
  2. Les Etats-Unis et la Corée du Nord associeront leurs efforts pour bâtir un régime de paix durable et stable dans la péninsule coréenne.
  3. Réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la Corée du Nord s’engage à travailler à une complète dénucléarisation de la péninsule coréenne.
  4. Les Etats-Unis et la Corée du Nord s’engagent à restituer les restes des prisonniers de guerre et des portés disparus au combat, avec un rapatriement immédiat de ceux déjà identifiés.

Les relations USA/ Corée du Nord

Les 22 et 23 novembre 1943 a eu lieu la Conférence du Caire durant laquelle les Alliés de la Seconde Guerre mondiale se sont accordés sur l’indispensable retour à l’indépendance coréenne. A cette époque, la péninsule était aux mains des japonais, Etat signataire du Traité tripartite formant l’Axe Rome-Berlin-Tokyo, ennemis des Alliés. A la libération de la péninsule en août 1945, celle-ci fut divisée en deux zones d’occupation distinctes : au nord, les Soviétiques et au sud, les Américains.
 
Le contexte de la Guerre froide est venu envenimer les relations entre les deux zones d’occupations. La guerre en Corée débute en 1950, encore aujourd’hui celle-ci n’a pas encore signé sa fin, et ce, malgré la signature de l’armistice de Panmunjom le 27 juillet 1953. Première dynastie communiste, les Kim prennent le pouvoir de la Corée du Nord sous le joug des Soviétiques. Kim Il-sung, placé à Pyongyang par Moscou, deviendra l’incarnation moderne du modèle stalinien. Avant sa mort, il prépare sa succession et c’est son fils Kim Jong-il qui prendra sa place en 1994. Le règne de Kim Jong-il sera marqué par un déclin économique dans tout le pays. Il décède en 2011, et son fils cadet Kim Jong-un est alors désigné nouveau leader de la Corée du Nord.
 
La dynastie Kim règne donc depuis 70 ans, et jamais les relations avec les Etats-Unis ne se sont retrouvés aussi favorables. Rien pourtant ne laissait envisager un tel retournement de situation. En effet, les tensions entre les deux Etats étaient marquées non seulement par la guerre en Corée des années 1950, mais aussi, et surtout, par les soupçons des américains quant au programme nucléaire nord-coréen. Si l’administration Obama avait alors décidé de poursuivre ce qu’avait entrepris l’administration Bush, Donald Trump marque ici un coup d’arrêt total. Un tel retournement de situation semblait pourtant inattendu si l’on se rappelle les joutes verbales échangées par les deux intéressés en 2017.
 
Donald Trump, premier président américain depuis la guerre froide, à avoir accepté une rencontre avec le pouvoir politique nord-coréen, est parvenu à la signature d’un engagement de la part du leader nord-coréen pour la dénucléarisation de la péninsule. La question du nucléaire en Corée était source de désaccords constants et de la mauvaise entente entre les deux nations. Un apaisement des relations diplomatiques entre Washington et Pyongyang serait-il possible ?
 

Le nucléaire en Corée du Nord 

En 1965, l’URSS fournit à la Corée du Nord son premier réacteur nucléaire de recherche. Celui-ci est installé à Yongbyon. Cinq ans plus tard, un second réacteur est offert toujours par l’URSS. A cette époque, la Corée du Nord ne parait pas hostile à la scène internationale et accepte même en 1977 l’inspection de son premier réacteur par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
 
En 1985, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est signé par la Corée du Nord mais à la même époque, les Etats-unis découvrent d’autres réacteurs nucléaires dans le pays. Washington va à partir de là accuser Pyongyang de chercher à développer un armement nucléaire. En 1994, Jimmy Carter effectue un voyage inédit en Corée du Nord au terme duquel il parvient à la signature d’un accord bilatéral qui engage la Corée du Nord à démanteler son programme nucléaire militaire en échange de la construction de réacteurs civils.
 
Le 10 janvier 2003, toujours accusé par les Etats-unis de mener en cachette un programme d’armement nucléaire, la Corée du Nord décide de se retirer du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Elle enchaîne ensuite les essais nucléaires, un premier le 9 octobre 2006, un second le 25 mai 2009 et un troisième le 12 février 2013. Le dernier des essais nucléaires connu à ce jour a été réalisé le 28 novembre 2017 au cours duquel un engin balistique nord-coréen aurait parcouru environ 1 000 km avant de s’abîmer en mer. Ce dernier essai nucléaire fait craindre à la population mondiale la possibilité pour la Corée du Nord de venir un jour toucher les Etats-unis.
 
Pourtant, depuis le mois d’avril 2018, une vague de dénucléarisation se déferle en Corée du Nord. En effet, après avoir déclaré qu’il comptait fermer un site d’essais nucléaires, Kim Jong-un a passé un nouveau cap dans la nuit du 11 au 12 juin 2018 en signant communément avec Donald Trump un document statuant cette volonté de dénucléarisation.
 
S’il est un peu tôt pour s’adonner à des conclusions sur ce que pourrait engendrer cet accord, il est tout à fait possible de dire qu’il s’agit là d’une avancée intéressante qui pourrait à terme venir concrétiser la dénucléarisation de la péninsule et pourquoi pas le retour de la Corée du Nord au sein du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
 
 
Sources :