#ACTU

La semaine dernière, les lecteurs de Courrier international ont pu découvrir avec surprise un anniversaire important. Il y a 100 ans naissait le robot. L’article relève que le terme robot est apparu pour la première fois dans une pièce de théâtre de Karel Capek, écrivain tchèque. Comble du hasard, l’Université Paris-Sorbonne a proposé, au même moment, aux étudiants préparant l’examen pour entrer à l’école d’avocat de composer une note de synthèse portant sur le sujet des avocats face au défi de l’intelligence artificielle. L’article de Courrier international note que 14% des emplois actuels dans les 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (« OCDE ») sont menacés de disparaître dans les vingt prochaines années du fait de la robotisation. Qu’en est-il pour le secteur juridique ?

Si en Estonie, la mise en exercice de « juge-robot » avait été discutée en stade avancé, pour « alléger le travail des juges et des greffiers », aux Etats-Unis c’est notamment à la profession d’avocat que l’intelligence artificielle s’est intéressée. En effet, une société américaine a mis au point le robot Ross qui prétend pouvoir remplacer un jeune collaborateur. Ce procédé séduit les cabinets d’avocat à l’image du barreau parisien du cabinet américain Latham & Walkins. L’inquiétude grandissante  face à cette évolution a permis de relever certaines problématiques posées. En France, les legaltech concentrent 35% de leur domaine d’activité sur la rédaction d’acte et 21% sur l’information juridique. Or 61% du marché visé par ces nouveaux acteurs est celui de la profession d’avocat. En proposant ainsi de repenser la chaîne de valeur du service juridique, ces entreprises créent des services intermédiaires nés avec ces nouvelles plateformes, mais impactent aussi l’organisation des cabinets d’avocats puisque les taches à faible valeur ajoutée vont pouvoir être réalisées par des machines.

Un autre exemple récent a également permis aux universitaires de s’interroger sur une évolution en termes d’obligation et de responsabilité pour le secteur. Le 22 novembre 2018, la Cour supérieur de justice de l’Ontario au Canada a considéré qu’un avocat pouvait voir ses honoraires réduits pour non-utilisation de l’intelligence artificielle dans ses recherches juridiques. Cette Cour a ainsi fait ressortir une obligation pour lavocat de recourir à lintelligence artificielle. La crainte ici posée est celle d’une discrimination possible entre les différents cabinets d’avocat dont certains sont plus grands que d’autres.

Toutefois, le secteur juridique ne peut que se rassurer car si une évolution est à prévoir dans la façon dont les professions seront exercées, l’utilisation de l’intelligence artificielle ne pourra éteindre complètement les différents emplois du secteur. La justice, pilier d’une société, ne peut être exercée qu’à travers la réflexion, l’interprétation et la sensibilité de l’humain.


Sources

  1. Emmanuel Barthe, « L’intelligence artificielle et le droit », I2D 2017 vol. 54, p. 23
  2. Observatoire permanent de la Legaltech et des start-up du droit [en ligne], consulté le 27 janvier 2020, (https://www.village-justice.com/articles/Les-start-up- droit,18224.html#menu)
  3. Courrier international, « Il y a 100 ans naissait le robot», consulté le 3 avril 2020 (https://www.courrierinternational.com/long-format/science-fiction-il-y-cent-ans-naissait-le-robot)
  4. Bruno Deffains et Stéphane Baller, « Avocats, intelligence artificielle et devenir de la profession d’avocat : l’avenir est présent ! », Revue pratique de la prospective et de linnovation 2017, n° 1
  5. Aurore-Angélique Hyde, « Avocat et intelligence artificielle : quelles obligations, quelles responsabilités ? », 2019. 2107