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Actuellement, le monde connait une crise sanitaire inédite, qui nous rappelle à quel point nous vivons de façon interconnectée. Ce virus constitue un test majeur pour les Etats et permet de mettre en lumière non seulement les fragilités locales mais également les faiblesses de la communauté internationale.

La résolution 74/270 de l’AGNU une intervention attendue des Nations Unies.

Le 2 avril 2020, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté, par consensus, son premier texte depuis le déclenchement de l’épidémie de Covid-19. Cette résolution appelle à « l’intensification de la coopération internationale » comme moyen de vaincre la pandémie.

Cette résolution a été initiée par 6 Etats et co-parrainée par 188. Toutefois, on notera que 5 Etats se sont opposés à ce texte, notamment la Russie. 

Dans ce texte, les Nations Unies rappellent le caractère inédit de la pandémie et son impact sur les sociétés et les économies, ainsi que la nécessité d’adopter un comportement reposant sur « l’unité, la solidarité et le renouvellement de la coopération multilatérale ». Cette coopération multilatérale passerait par les échanges « d’informations et de connaissances scientifiques » entre les Etats, mais aussi par le respect et l’application des « recommandations » de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). De surcroit, le texte insiste sur le rôle central de l’ONU dans cette crise.

Outre la volonté de renfoncer la solidarité internationale, la résolution rappelle aussi l’importance de respecter les droits et libertés fondamentaux des individus, notamment dans les mesures prises localement par les Etats afin de lutter contre la propagation du virus sur leur territoire (conditions de détentions, les actes attentatoires à la liberté, entre autres). Le 5 avril 2020, le Secrétaire général des Nations Unies (SGNU), Antonio Guterres, a tenu des propos s’inscrivant dans cette logique de protections des individus. Il a appelé à protéger les femmes et les jeunes filles qui se trouvent actuellement exposées aux violences, notamment au sein de leurs foyers. Pour cela, il demande « la mise en place de système d’alerte d’urgence dans les pharmacies et les magasins d’alimentations », qui sont les seules enseignes maintenues ouvertes dans de nombreux pays.

Bien que cette résolution ait été fortement attendue – elle intervient plusieurs mois après le début de l’épidémie et reste non contraignante.

Comment expliquer l’inaction du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) ?

A l’heure actuelle, il n’y a toujours pas de texte adopté par le Conseil de sécurité. Le CSNU est paralysé depuis plusieurs semaines à cause des oppositions qui existent entre les Etats-Unis et la Chine. Le président américain, Donald Trump, a plusieurs fois accusé la Chine d’être à l’origine de l’épidémie et d’avoir fait pression sur l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) afin que la gravité du virus soit minimisée. Le 14 avril 2020, les Etats-Unis ont annoncé la suspension de leur contribution financière à l’OMS.

Outre les différends entre Washington et Pékin, plusieurs membres permanents ne sont pas favorables à l’intervention du Conseil de Sécurité. Pour eux, le Covid-19 est avant tout une crise sanitaire et économique et non une menace pour la sécurité et la paix mondiale.

L’absence initiale de coopération internationale entre les Etats

Bien que la résolution de l’AGNU appelle à une solidarité entre les pays, force est de constater que cette coopération internationale reste très minime. Lorsque l’épidémie s’est intensifiée, la première réaction des pays a été le repli sur soi conduisant à une fermeture de leurs frontières, qui a eu pour conséquence la restriction des déplacements des populations et une rupture du dialogue politique entre les Etats.

Ce repli a notamment été très visible au sein de l’Union Européenne, qui essuie des critiques de la part de ses Etats membres, notamment à propos d’un manque de solidarité.

L’Italie par exemple, qui demeure l’épicentre de l’épidémie en Europe, s’est retrouvée seule et s’est heurtée au silence de ses voisins malgré ses demandes de soutien et d’assistance. La France et l’Allemagne ont même pris des mesures interdisant les exportations de masques et de réanimateurs, pourtant nécessaires à l’Italie. L’aide sollicitée par les italiens est venue de la Chine qui a été le premier pays à leur répondre.  Il convient également de constater que la Russie lui a aussi apporté son aide en envoyant des véhicules militaires contenant des aides médicales à Rome.

Le domaine de la santé relève néanmoins de la compétence nationale des Etats membres, ce qui pourrait expliquer l’inaction de l’Union européenne. Mais cette union a été construite sur l’idée d’une intégration et d’une coopération européenne dans de nombreux domaines de compétence nationale (ex : politique agricole commun, l’union douanière ou encore le marché intérieur), on aurait donc pu imaginer qu’une entraide entre Etats membres aurait été la première réponse à l’épidémie. Mais la réaction des Etats membres a été plutôt de privilégier la fermeture des frontières.

L’épidémie a aussi fait ressurgir les différends qui existent entre les pays du nord et ceux du sud. Le 7 avril 2020, la visioconférence tant attendue des ministres européens des finances pour trouver une réponse économique à la crise du Coronavirus n’a pas été concluante. Les Pays-Bas se sont opposés aux demandes de l’Italie sur les prêts susceptibles d’être octroyés aux Etats en difficultés par le fond de secours de la zone euro.

L’après Covid-19, vers de nouveaux rapports de forces mondiaux ?

On peut se demander quels seront les rapports de force au sein de la communauté internationale après cette pandémie. 

Par exemple, la Chine ne risque-t-elle pas de bénéficier des retombées de la crise actuelle en capitalisant sur ses efforts d’aide et d’assistance déployés à l’égard de la communauté internationale pendant l’épidémie ?

Sur le plan régional, l’Union européenne s’apprêterait-elle aussi à vivre une nouvelle crise succédant à celle du « brexit » ? Le manque de réaction des institutions européennes combiné au manque de solidarité entre les Etats membres ayant mis en lumière les « faiblesses » de la coopération régionale, la logique d’intégration risque-t-elle d’être remise en cause, notamment par les Etats du sud qui s’indignent de « l’égoïsme » des Etats du nord ?  Le Président du parlement européen, l’italien David Sassoli, a mis en garde l’Union européenne en rappelant que « Sans solidarité, les liens et les raisons d’être ensemble tombent à l’eau ».

Enfin, d’autres pays, à l’instar de l’Italie, pourraient-ils s’interroger sur leur avenir au sein de l’Union européenne ?

Jeanne Rouditch
Licence 3 droit – Université Paris Nanterre

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Source 

  1. Article du Monde « l’assemblée générale de l’ONU adopte une résolution prônant la coopération internationale », consulté le 6 avril 2020. Lien : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/03/l-assemblee-generale-de-l-onu-adopte-une-resolution-pronant-la-cooperation-internationale_6035360_3210.html
  2. Article de France culture « les failles de l’union européenne au révélateur de la crise du covid-19 », consulté le 6 avril 2020. Lien : https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-du-mardi-07-avril-2020
  3. Article du Challenges « Coronavirus : l’union européenne survivra-t-elle à la crise », consulté le 5 avril 2020. Lien : https://www.challenges.fr/monde/europe/coronavirus-l-union-europeenne-survivra-t-elle-a-la-crise_704756
  4. Article du Monde « Le coronavirus, les divisions de l’Union européenne la placent à un ‘danger mortel’ », consulté le 4 avril 2020. Lien :  https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/01/coronavirus-les-divisions-de-l-union-europeenne-la-placent-face-a-un-danger-mortel_6035118_3210.html