La lutte contre les discriminations[1] est une part intégrante de nos vies et des droits des pays du monde entier. Certaines discriminations perdurent et s’insèrent, si ce n’est s’intègrent, tellement dans nos vies qu’elles paraissent ne plus choquer personne. L’homophobie[2] est un des exemples les plus marquants d’une banalisation anormale de discrimination menant à des intolérances, des inégalités, si ce n’est à des meurtres. La prise en compte de cette banalisation a conduit non seulement les populations du monde entier, mais aussi les Etats, à réagir et à lutter contre ces actes anti-LGBT.

Les sociétés contemporaines sont fondées sur une hiérarchisation des sexualités, hiérarchie dominée par l’hétérosexisme[3]. L’hétérosexualité est donc la norme selon une grande partie de la population. Cette croyance est le fondement de l’homophobie.[4]

La tradition judéo-chrétienne a participé à ancrer l’homophobie dans notre culture. Il a en effet été considéré que la sexualité entre individus de même sexe était contre-nature puisque ne permettant pas de fonder une famille. Les personnes homosexuelles étaient donc considérées comme des individus contre-natures, si ce n’est malades ou encore pervers.

Une lente reconnaissance est en marche depuis maintenant quelques décennies. Les émeutes de Stonewall[5] sont un des évènements précurseurs les plus marquants de l’histoire LGBT+[6].

Cependant, même si de grandes avancées sont à noter concernant les lois anti-discriminations et affirmant l’égalité des droits des personnes LGBT+, le chemin est encore long. Un clivage historique Est/Ouest perdure également sur cette question.[7] Il apparait en effet que les pays de l’Est considèrent l’homosexualité comme une « dérive » acceptée et encouragée par les pays occidentaux, les poussant à restreindre les droits des personnes concernées, à les emprisonner, les torturer ou même les tuer. Si les pays de l’Ouest semblent être nettement plus avancés sur cette question est-ce pour autant avéré ?

Selon l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »[8]. Cependant, il ne s’agit pas uniquement d’égalité, mais aussi de liberté au sens large, comprenant entre autre la liberté d’expression.

La lutte menée par les personnes LGBTQ+ est une lutte contre les discriminations, non seulement une lutte législative passant par la reconnaissance de droits, mais encore une lutte menant à l’effectivité de ces droits.

Une lutte à échelles variables[9]

Le cas de l’Europe[10]

L’Europe est le continent dans lequel les droits des personnes LGBTQ+ sont les plus protégés. Cepenant, il existe en Europe un important clivage entre les pays de l’Ouest et les pays de l’Est. En effet si les guerres mondiales font parties du passé, les mentalités en sont imprégnées. De ce fait, certains stéréotypes, certaines croyances perdurent. Il en résulte des différences dans les lois mais aussi dans la vie en société.

Les pays membres de l’Union européenne sont dans les premiers du monde à avoir instauré des lois, des normes constitutionnelles, pour, non seulement lutter contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBTQ+ et visant à les protéger, mais aussi à avoir inscrit dans les mentalités cette égalité. En effet les personnes LGBTQ semblent être moins jugées, mieux acceptées et moins mises à l’écart de la société en Europe que dans d’autres pays du monde. Ces pays semblent donc (au vu des lois et des diverses protections en vigueur) être des exemples. C’est du moins le cas pour les pays de l’ouest, membres de l’UE.

Si, aucun des pays d’Europe ne punit les relations sexuelles entre personnes de même sexe, pour autant les niveaux de protection, de lutte contre les discriminations sont très disparates.

N’est-ce qu’une illusion ? Voici quelques exemples afin de se rendre compte de la disparité des protections qui existent dans des pays qui sont, si ce n’est voisins, tous membres d’un même continent.

L’exemple de la France

La France est connue dans le monde entier comme étant « la patrie des droits de l’Homme ». Elle doit ce surnom à la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 qui proclame de nombreux droits et principes[11]. Parmi ces principes on retrouve notamment la liberté, l’égalité, la fraternité, devise du pays. Mais la France mérite-t-elle toujours ce surnom de pays des droits de l’homme ?[12]

Dès 1789 l’homosexualité a été dépénalisée en France et le crime de sodomie n’a pas été inscrit dans le code pénal de 1791. Cependant l’histoire n’est pas allée dans ce sens. En effet le 20e siècle n’est pas  marqué par une volonté de respecter et de protéger les personnes LBGTQ+. Il y a donc eu une importante régression à cette époque. La France a même adopté en 1968 la classification de l’OMS selon laquelle l’homosexualité est une maladie mentale (classification abandonnée en 1981). Ce n’est qu’à partir des années 1980 que des politiques vont officiellement prendre position en faveur de l’égalité et de la protection des personnes homosexuelles. Le 20 décembre 1981 Robert Badinter a prononcé un discours[13] important montrant cette volonté. À partir de là, diverses évolutions vont intervenir en faveur des personnes homosexuelles, les discriminations seront punies ainsi que l’incitation aux crimes de haine et à la violence. Le PACS, créé en 1999, est ouvert aux personnes de même sexe. Le mariage homosexuel (ainsi que l’adoption par des parents de même sexe) sera quant à lui légalisé en 2013.

Cependant, même si de nets progrès sont à relever il faut noter que la France, contrairement à Malte ou à la Suède par exemple, ne prévoit dans sa constitution aucune protection spécifique pour les personnes LGBTQ+. Même si elles sont protégées par les principes prévus par la constitution, ces derniers sont larges et anciens, ils ne s’appliquent donc pas spécifiquement aux personnes LGBTQ+.

À cela s’ajoute le fait que la France a perdu des places dans le classement ILGA[14]. La France qui était depuis quelques années dans le top 10 des pays du classement est passée à la 13e place puisqu’elle ne remplit plus que 56% des critères[15] permettant de réaliser ce classement (contre 89% pour Malte).

L’exemple de l’Azerbaïjan

L’Azerbaïdjan a été « élu » pays le plus dangereux d’Europe pour les personnes LGBTQ+. Il apparait (dans le Rainbow index ILGA de 2020) que ce pays ne remplit que 2% des critères permettant de mesurer le respect, l’acceptation mais aussi la protection des personnes LGBTQ+ au sein d’un pays. Même si le pays n’incrimine pas les rapports sexuels entre 2 personnes de même sexe, on est bien loin d’une acceptation totale. En effet le mariage, l’adoption ne sont pas légales mais au delà de cela il n’y a même aucune protection ni loi interdisant les discriminations ou les crimes de haine. Tout cela est donc toléré et fait partie de la vie des azerbaïdjanais.

L’exemple de l’Albanie

L’Albanie, quant à elle répond à 31% des critères. Même si ce pays se trouve loin devant l’Azerbaïdjan il est également loin de pouvoir servir d’exemple. Il faut relever que si les mariages entre personnes de même sexe ne sont pas constitutionnellement limités, ils ne sont pas pour autant reconnus ou légaux. Il existe tout de même plus de protection concernant l’égalité et la non-discrimination. Les crimes de haine et les incitations à la haine sont également condamnés.

Le cas de l’Amérique

Les protections existantes dans les pays d’Amérique sont hétéroclites. Très peu permettent une réelle protection et une réelle égalité des personnes LGBTQ+ avec toute autre personne correspondant à ce que le pays considère comme étant la norme. Dans certains pays d’Amérique les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont même encore des crimes. Quant aux autres pays ne prévoyant pas cette incrimination, ce n’est pas pour autant gage d’une acceptation. En effet seuls 3 pays ont créé une protection constitutionnelle contre les discriminations et seulement 11 disposent d’une protection légale.

Les pays d’Amérique prévoient des dispositions anti-discriminations très variées. La plupart  (74%) ne considèrent pas les relations sexuelles homosexuelles comme illégales, cependant la plupart ne signifie pas tous. En effet dans certains pays ces relations sont illégales et même si elles ne sont pas punies de la peine de mort, comme dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, elles sont punies par des lourdes peines de prison (de 10 ans à la perpétuité).

L’exemple du Canada

Même s’il n’existe pas de protection constitutionnelle contre les discriminations il y a tout de même une large protection légale qui concerne notamment le droit du travail. Les crimes de haine et l’incitation aux crimes de haine sont également punis.

Concernant la reconnaissance des unions et de l’adoption il faut relever que l’union civile est impossible entre personnes de même sexe, mais que le mariage quant à lui est possible, tout comme l’adoption.

L’exemple du Guyana

Contrairement au Canada ou à la Colombie, le Guyana est un pays nettement moins favorable à la protection et à la reconnaissance d’une égalité entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels. En effet s’il n’existe aucune protection constitutionnelle contre les discriminations, il n’existe pas même de protection légale, ou une quelconque incrimination des crimes de haine.

À cela s’ajoute une importante différence avec tous les pays précédemment cités puisqu’en plus de ne prévoir aucune protection, les rapports sexuels entre personnes de même sexe ne sont pas considérés comme légaux, du moins les rapports entre 2 hommes. En effet c’est un crime puni d’une peine de prison à vie.

L’exemple du Paraguay

Le Paraguay (tout comme 6 autres pays dont Haïti ou le Belize) ne punit pas les rapports sexuels entre personnes de même sexe. Cependant il n’existe aucune interdiction de discriminer, ni aucune disposition condamnant les crimes de haine et encore moins de loi légalisant l’union civile, le mariage ou l’adoption pour les couples homosexuels.

Le cas de l’Océanie

Un peu plus de la moitié des pays du continent ont légalisé les rapports sexuels homosexuels. Pour les pays dans lesquels ce n’est pas le cas, les peines de prison (allant de 5 ans à 14 ans) ne punissent, pour la grande majorité (seules les îles Solomon punissent les relations homosexuelles pour tous les genres), que les relations entre hommes.

Si les législations de ces pays ne condamnent pas ces relations, il n’existe pas pour autant de protection contre les discriminations, de lois permettant de punir les crimes de haine ou d’incitation à la haine, ni de possibilité de se marier ou d’adopter. En effet sur les 8 pays qui ne condamnent pas les relations sexuelles, 5 prévoient l’illégalité de discriminations (à des niveaux divers dont une interdiction constitutionnelle aux îles Fidji) et seulement 2 d’entre eux permettent aux couples homosexuels de se marier et d’adopter.

L’exemple de la Nouvelle Zélande

En Nouvelle Zélande les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont légaux. Il n’existe pas de protection constitutionnelle mais il existe des lois interdisant largement les discriminations notamment dans le monde du travail. Les crimes de haine sont également punis. Cependant, il n’existe aucune sanction pour les incitations aux crimes de haine et aux violences. L’union civile mais également le mariage et l’adoption sont possibles pour les couples homosexuels.

Les exemples des Îles Salomon et de Tuvalu

Contrairement à la Nouvelle Zélande les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont illégaux. La législation des Îles Salomon interdit les rapports sexuels entre personnes de même sexe quelque soit leur genre, alors qu’à Tuvalu seuls les hommes sont concernés. Dans les 2 cas ces rapports sont punis de 14 ans de prison.

Le cas de l’Asie

En Asie si beaucoup de pays ne condamnent pas les relations homosexuelles (48%) très peu protègent les personnes LGBTQ+ d’une quelconque discrimination (6 pays sur 42 soit 14%) et encore moins permettent aux couples homosexuels de se marier ou d’adopter (1 seul pays).

Parmi les 22 pays condamnant les relations entre personnes LGBTQ+ (22 pays dont l’Iraq qui ne condamne pas officiellement ces pratiques mais dans les faits cette condamnation a lieu), 7 punissent ce qu’ils considèrent comme un crime de la peine de mort.

L’exemple du Kazakhstan

Si les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont légaux au Kazakhstan, il n’existe pas pour autant de protections législatives proscrivant les discriminations. Les crimes de haine ou d’incitation à la haine/violence ne sont pas punis. Il est également impossible pour les couples homosexuels de se marier, d’avoir accès à l’union civile ou encore d’adopter.

L’exemple de la Mongolie

Les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont légaux et il existe une large protection contre les discriminations en tout genre. Les crimes de haine sont punis mais pas les incitations à la haine.

Il est impossible d’avoir accès à l’union civile, au mariage ou à l’adoption pour les couples homosexuels.

L’exemple de l’Iran

C’est un des pays d’Asie dont la législation est la plus sévère à ce sujet. En effet les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont non seulement illégaux mais également punis par la peine de mort.

Le cas de l’Afrique

L’Afrique est sans doute le continent le moins protecteur vis à vis des personnes LGBTQ+. En effet seuls 20 pays sur 54 ne punissent pas les relations sexuelles entre personnes LGBTQ+. Parmi les 24 autres pays, 4 pays condamnent ces relations par la peine de mort et 3 autres par une peine de prison à vie. Dans la plupart de ces pays ce sont les relations homosexuelles quelque soit le genre des personnes en cause qui sont condamnées.

Si 20 pays ne condamnent pas les relations sexuelles, ils ne protègent pas pour autant les personnes LGBTQ. La législation de seulement 8 pays prévoit donc une protection et la encore il y a de différences puisque certaines protections ne concernent que l’égalité au travail ou l’interdiction des crimes de haine et non pas l’intégralité des droits des personnes LGBTQ+. Seul un pays autorise le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels.

L’exemple du Soudan et du Nigéria

Dans ces pays les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont illégaux pour tous les genres.  Il s’agit de crimes punis par la peine de mort.

L’exemple de l’Afrique du sud

C’est le pays d’Afrique le plus avancé à ce sujet. En effet il existe diverses protections contre les discriminations. Les crimes de haine sont punis par la loi. Il est également possible pour les couples homosexuels non seulement de se marier mais aussi d’adopter.

Bilan

Au total, 123 Etats membres des Nations Unies sur 193  ne criminalisent pas les relations sexuelles entre personnes de même sexe.

Si l’on compare les continents entre eux il apparait que l’Europe est celui dans lequel les droits des LGBTQ+ sont le plus protégés. En effet aucun d’entre eux ne criminalisent les relations sexuelles.

Concernant la protection de leurs droits via l’interdiction des discriminations et de la criminalisation des crimes de haine il apparait que seuls 7 Pays d’Afrique, contre 18 en Amérique et 43 en Europe disposent d’une telle législation.

Concernant la reconnaissance de la possibilité de s’unir civilement ou de se marier, seul 1 pays d’Afrique le permet contre 9 en Amérique et 28 en Europe.

Il est également possible de relever que les relations homosexuelles entre femmes sont plus acceptées, ou au moins, moins punies que les relations entre hommes. En effet sur 71 pays condamnant les relations sexuelles entre personnes LGBTQ+, 27 ne condamnent que les relations entre hommes alors qu’aucun ne condamnent que les relations entre femmes.

L’acceptation de l’homosexualité dans le monde est loin d’être totale et homogène.

Une acceptation à double tranchant

L’acceptation sociale

Au delà de ce que les constitutions et les lois du monde prévoient il faut s’intéresser aux faits. Ce n’est pas parce que des lois interdisent de discriminer qui que ce soit à cause de son genre, de son orientation sexuelle, qu’elles permettent aux couples de personnes homosexuelles de se marier ou d’adopter que les personnes concernées ne sont pas dans leur quotidien jugées voir exclues.

« Les hommes homosexuels et les lesbiennes ne sont aujourd’hui ni pleinement rejeté(e)s par les hétérosexuel(le)s, ni pleinement intégré(e)s à l’ordre social. Elles et ils restent une catégorie d’individus à part, et leur présence dans l’espace urbain est encore remarquée. »[16]

Être gayfriendly désigne « une attitude d’acceptation mais plus encore de sympathie voir d’empathie par rapport à l’homosexualité ».[17]

Être gayfriendly est une tendance alors que, pour que les personnes LGBTQ+ soient totalement intégrées dans nos sociétés, cela devrait être la norme.

L’acceptation sociale en France en quelques chiffres[18] :

Pour 8% des français, en 2019 (contre 42% en 1975), l’homosexualité est une tare. Cependant encore 15% de la population considère que l’homosexualité est soit une « maladie que l’on doit guérir », soit « une perversion sexuelle que l’on doit combattre » (contre 66% en 1975). En outre, il s’agit pour 85% des français d’une manière comme une autre de vivre sa sexualité.

Concernant l’équivalence des droits entre les couples LGBTQ et les autres :

  • 89% des français estiment que les couples avec enfants doivent tous avoir les mêmes protections juridiques, peu importe qu’ils s’agissent de familles LGBT ou non
  • 83% considèrent les couples homosexuels sont tout aussi capables que les autres d’élever des enfants et ce peu importe que ce soit des couples de 2 hommes ou de 2 femmes.

Concernant la protection des personnes LGBTQ, 83% pensent que l’État ne met pas suffisamment de moyens en oeuvre pour lutter contre les actes homophobes.

Malgré une acceptation en nette progression une grande partie des français restent gênés ou mal à l’aise lorsqu’il voit ou sont en compagnie de personnes LGBTQ. En effet 35% se sentent mal à l’aise lorsque des personnes de même sexe s’embrassent en public.

La trans-sexualité est nettement moins bien acceptée que l’homosexualité. En effet 39% des français pensent que les personnes qui veulent changer de sexe ont un problème psychologique.

Si moins de 15% des français sont mal à l’aise en présence d’homosexuels, presque 30% le sont en présence de personnes transgenres.
Cependant 78% pensent que l’état civil des personnes transgenres doit pouvoir être changé simplement et sans qu’une opération soit nécessaire.

Les clichés ont la peau dure et ce malgré le fait que les personnes LGBT soit moins jugées qu’auparavant. En effet encore 20% des français considèrent que « certaines professions où l’on est en contact permanent avec des enfants devraient être interdites aux homosexuels », 10% de la population estime que « les violences contres les homosexuels sont parfois compréhensibles » et 13% que le mode de vie des personnes LGBT est malsain.

Selon la même étude, le degré d’homophobie croît avec l’âge et la fréquence de la pratique religieuse tout en diminuant plus le niveau social et le niveau d’éducation augmentent.

Les injures homophobes telles que « pédé » ou « tapette » font partie du vocabulaire courant d’un grand nombre de personne. Si ces termes sont utilisés même par des personnes qui ne sont pas homophobes, leur utilisation contribue à les banaliser et ainsi à ne plus se rendre compte qu’il s’agit de réelles injures.

Les « thérapies » de conversion [19]

Il s’agit de pratiques qui ont pour but de transformer l’expression du genre, l’identité de genre ou l’orientation sexuelle des personnes LGBT.[20]

Dans les années 60 l’homophobie commence à s’afficher à la télévision aux Etats-Unis. Selon certains le mode de vie des homosexuels détruit la société, « corrompt l’esprit et le coeur de nos enfants ». Les blagues homophobes vont même jusqu’à devenir un jeu dans certaines familles. Au fur et à mesure l’homophobie se développe, gagne du terrain. L’homosexualité est alors vue comme une déviance, une maladie, dont il faut se débarrasser en soignant les personnes qui en sont atteintes.

À cette époque l’homosexualité est considérée comme une étant une maladie neurologique. La lobotomie s’impose alors comme traitement approprié permettant d’éradiquer cette déviance. Dans les années 70 les techniques aversives vont se développer. Il s’agit alors de montrer aux patients des photos suggestives, s’ils ont une réaction, une petite décharge électrique leur est administrée. Ces diverses techniques sont abandonnées avec la dé-psychiatrisation de l’homosexualité. Les « experts » de ces méthodes ont reconnu qu’ils avaient commis une erreur et se sont excusés auprès de leurs patients pour ce qu’ils leur avaient fait subir.

Des mouvements, pour la plupart religieux mais pas uniquement, vont ensuite prendre le relais et aller encore plus loin dans cette culture de la haine des personnes homosexuelles. Les thérapies de conversion vont alors se multiplier aux EU jusqu’aux années 1990 avant de s’exporter à travers le monde entier.

Les parents, persuadés que leur enfant est malade, pensent l’aider en lui imposant une telle thérapie. Les enfants quant à eux, se persuadent que leurs parents ont raison puisque ce sont eux qui ont le plus d’expérience, qui savent reconnaitre le mal du bien. Ils en viennent à avoir honte de qui ils sont, honte souvent  accrue à cause d’autres enfants de leurs âges qui les jugent, les excluent, les insultent (une « haine de moi véhiculée par la haine des autres »). Des associations vont alors proposer de les aider, de les guérir.

Divers groupes vont alors se créer et se développer.

Les associations religieuses sont les plus connues notamment Exodus qui est une association chrétienne créée en 1976. Elle affirme que l’hétérosexualité est la conception souhaitée par Dieu, une pratique religieuse intense peut donc guérir les homosexuels (l’homosexualité étant un péché). D’autres associations vont voir le jour, notamment Desert Stream / Living waters en 1980 (association évangélique présente dans une quarantaine de pays), Wüstenstrom en Allemagne, Torrent de Vie (depuis 1995) et Courage en France ou encore L’Emmanuel qui est présente dans 60 pays et reconnue par le Vatican.

Il existe aussi, même si elles sont moins nombreuses et moins développées, des associations laïques. C’est par exemple le cas de Voyage dans la Virilité qui considère que l’homosexualité n’a pour origine qu’un dérèglement hormonal.

Pour certaines associations religieuses il existe plusieurs types d’homosexualité :

  • L’homosexualité transitionnelle : qui apparait lorsque l’on est perdu mais qui finit toujours par disparaitre puisque ce n’est qu’une transition
  • L’homosexualité structurelle qui est innée
  • L’homosexualité d’accoutumance qui est liée à la pornographie

Pour d’autres l’homosexualité a pour origine un « déficit de masculinité ». Il y a donc des programmes mis en place, réservés aux hommes ou aux femmes, pour qu’ils (elles) retrouvent le vraie masculinité ou féminité.

Pour d’autres encore l’homosexualité aurait pour origine un problème dans l’enfance, dans les liens familiaux. Il s’agirait alors d’une des conséquences d’une relation entre un enfant et son père (ou sa mère). L’enfant ne serait alors pas assez féminine deviendrait homosexuelle à cause d’un manque d’affection de la part de leur autre parent.

Dans tous les cas, l’objectif est de guérir la personne LGBT qui est considérée comme malade. La conversion s’impose alors comme étant le seul moyen de guérison possible. Il existe des stages, des réunions, des groupes d’entraide, sont alors organisés afin d’inculquer des techniques de guérison.

Il existe également des messes de conversion, accompagnées de cérémonies spécialement dédiées à « guérison du mal ». Les accompagnants utilisent un langage de compassion, de soutien alors qu’ils font croire aux personnes présentes qu’elles sont anormales, qu’elles ne doivent impérativement changer si elles veulent s’intégrer dans la société. Il s’agit alors d’une situation assez perverse puisque les personnes qui assistent à ces séances sont des personnes vulnérables. Il y a donc une inégalité entre les accompagnants et les personnes présentes. Il y a alors un réel risque de décompensation pour les personnes LGBT. Mais les accompagnants savent-ils tous ce qu’ils font et comment gérer une telle situation ?

Leur objectif est de persuader les personnes LGBT que les rapports sexuels entre 2 personnes de même sexe sont « contre-nature ». Il est donc impératif qu’elles arrivent à s’astreindre à la continence. Toute personne qui n’y arrive pas doit devenir hétérosexuelle.

Si jamais ces méthodes s’avèrent insatisfaisantes car inefficaces pour « purger les homosexuels du mal qui les habite », d’autres types de thérapies de conversion plus violentes existent.

Il y a tout d’abord le recours à la « médecine », à l’homéopathie. Il y a par exemple en Allemagne une association de 400 médecins qui luttent contre l’homosexualité. Ils tentent alors de « soigner » leurs patients avec des herbes. L’appel à des psychologues est également fréquent.

La méthode la plus violente est sans doute le recours à l’exorcisme. Il s’agit alors de tenter de « faire sortir le démon » qui serait présent dans le corps de la personne LGBT.

Il existe donc principalement 3 types de thérapies[21] :

  • Les thérapies psychothérapeutiques pour lutter contre une homosexualité qui a pour origine l’éducation
  • Les thérapies médicales lorsque l’homosexualité est considérée comme une maladie
  • Les thérapies confessionnelles lorsqu’il est considéré que la personne est « possédée par le mal»

Ces associations travaillent aujourd’hui en collaboration avec des Eglises locales, c’est à dire qu’elles fonctionnent comme des prestataires de services.

Pour prouver et montrer au monde entier que ces thérapies sont efficaces, les « anciens homosexuels » s’affichent souvent  en compagnie de leur épouse et de leurs enfants. Or cela peut mener à de véritables conflits intérieurs et ainsi à des dépressions, des troubles mentaux si les personnes se forcent à montrer au monde qu’ils sont hétérosexuels et que ce n’est pas leur véritable sexualité.

Ces thérapies ont des conséquences dramatiques sur la plupart, si ce n’est l’ensemble, des personnes qui les ont subis. En effet elles détruisent totalement la personnalité, elles rabaissent les gens, les font se sentir malades et exclues. De nombreuses personnes sombrent dans l’alcool, deviennent anxieux, souffrent de troubles mentaux, etc… un grand nombre d’entre elles sombrent dans une dépression telle qu’elles pensent qu’elles ne méritent pas de vivre, que le monde se porterait mieux sans elles et tentent alors de se suicider.

« Les pratiques de conversion sont non seulement inefficaces, mais elles sont aussi extrêmement néfastes. Elles causent souvent des souffrances durables et qui laissent des séquelles indélébiles sur le corps et dans l’esprit de cette personne.»[22]

Les dérives sectaires ne sont pas loin. En effet il s’agit de véritables communautés qui inculquent des idées à des personnes vulnérables. Lorsque les personnes LGBT arrivent à sortir de ce système elles se sentent manipulées. Il n’y a cependant aucune plainte, la justice ne peut donc pas intervenir. Certains « directeurs » de ce type d’association se sont rendus compte de leur erreur et ont alors démissionné avant de s’excuser publiquement.

« J’ai pu constater les ravages causés par le déni de soi, la honte, et l’amour sous conditions »

Selon une étude, en 40 ans, 700 000 personnes homosexuelles, de 18 à 60 ans, ont subi de telles thérapies aux EU. Très peu, trop peu, de pays interdisent les thérapies de conversion aujourd’hui. Malte a été le premier pays d’Europe à franchir ce pas en 2017. L’Allemagne a adopté une loi interdisant ces thérapies pour les personnes mineures. L’Albanie a également très récemment interdit ces thérapies. Pour ce qui concerne la France, aucune interdiction n’est encore en vigueur. Cependant une proposition de loi, du 2 juin 2020, vise à rendre illégales de telles pratiques[23].

Clémence Bléas


NOTES DE BAS DE PAGE

« Les personnes ne se suicident pas parce qu’elles sont homosexuelles mais par crainte du jugement des autres et de la manière dont la société va les traiter »

[1] Larousse ; définition du terme discrimination (consultation 27/11/2020)

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/discrimination/25877

[2] SOS homophobie ; Qu’est ce que l’homophobie ? (consultation 27/11/2020)

https://www.sos-homophobie.org/definitions/homophobie

[3] « Lhétérosexisme est la discrimination et loppression basées sur une distinction faite à propos de lorientation sexuelle et prend comme acquis que tout le monde est hétérosexuel « sauf avis contraire » et que lhétérosexualité est plus « naturelle » que les autres formes de sexualité. »

open edition journals ; La mixité non ségrégative confrontée aux constructions sociales du masculin ; Daniel Welzer-Lang (consultation 4/01/2021)
https://journals.openedition.org/rfp/1862

[4] L’homophobie de Daniel Borrillo sur Cairn ; Introduction (consultation 27/11/2020)

https://www.cairn.info/l-homophobie–9782130521792-page-3.htm

[5] Lors de la nuit du 27 au 28 juin 1969 une descente de police a lieu au Stonewall Inn (un des seuls bars de New York dans lequel la présence de personnes LGBT est tolérée). Lors de ce contrôle de police les clients se révoltent, les habitants du quartier vont alors suivre le mouvement. C’est un évènement marquant car c’est la première fois qu’une descente de police dans un bar, qui compte parmi sa clientèle des personnes LGBT, provoque une telle réaction.

Universalis ; Stonewall (consultation 27/11/2020)

https://www.universalis.fr/encyclopedie/emeute-de-stonewall/

France Culture ; Les émeutes de Stonewall, aux origines de la Gay Pride (consultation 27/11/2020)

https://www.franceculture.fr/histoire/les-emeutes-de-stonewall-aux-origines-de-la-gay-pride

[6] Il s’agit d’un acronyme permettant de désigner les orientations sexuelles et les identités de genre autres que l’hétérosexualité et l’identité cisgenre

Jeunesse, J’écoute ; LGBTQ2S+ : Qu’est-ce que ça veut dire ? (consultation 27/11/2020)

https://jeunessejecoute.ca/information/lgbtq2s-ca-veut-dire/

[7] Taurillon dans économique & société ; La séparation Est/Ouest s’invite aussi pour les droits LGBT (consultation 27/11/2020)

https://www.taurillon.org/la-separation-est-ouest-s-invite-aussi-pour-les-droits-lgbt

[8] conseil constitutionnel ; Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ; article 1 (consultation 27/11/2020)

https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789

[9] ILGA ; cartes – lois sur l’orientation sexuelle (consultation le 27/11/2020)
https://ilga.org/fr/cartes-lois-orientation-sexuelle

[10] ILGA ; Rainbow Europe 2020 (consultation 27/11/2020)

https://www.ilga-europe.org/rainboweurope/2020

[11] Justice pénale ; La France, encore et toujours pays des droits de l’Homme ? (consultation 27/11/2020)

https://www.justicepenale.net/post/2016/05/05/la-france-encore-et-toujours-pays-des-droits-de-l-homme

[12] Il s’agit ici de s’intéresser à cette question seulement sous l’angle des droits des personnes LGBT+

[13] archives de l’assemblée nationale ; compte rendu de la séance du 20 décembre 1981 (consultation 27/11/2020)

http://archives.assemblee-nationale.fr/7/cri/1981-1982-ordinaire1/153.pdff

[14] The international lesbian, gay, bisexual, trans and intersex association

Première page du site (consultation (4/01/2021)

https://ilga.org

[15] Parmi ces critères l’on retrouve les différents niveaux de protection existants, la possibilité d’adopter, la possibilité de se marier, l’interdiction des thérapies de conversion, etc…

ILGA europe : ressources ; Rainbow Europe 2020 (consultation 4/01/2021)

https://www.ilga-europe.org/rainboweurope

[16] journals open edition ; compte rendus 2020 ; Sylvie Tissot, Gayfriendly. Acceptation et contrôle de l’homosexualité à Paris et à New York (Raisons d’Agir, 2018) (consultation 27/11/2020)

https://journals.openedition.org/sociologie/7298

[17] podcast ; être gayfriendly ne suffit pas de Camille (consultation 27/11/2020)

https://podcasts.podinstall.com/binge-audio-camille/201909260400-etre-gayfriendly-ne-suffit-pas.html

[18] Étude Ifop pour la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais et la DILCRAH réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 29 mai au 3 juin 2019 auprès de 3 013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. (consultation 27/11/2020)

https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/06/CP_FJR_250619.pdf

[19] arte ; documentaire « homothérapie, conversion forcée » du 26 Novembre 2019

[20] ILGA ; rapport sur les thérapies de conversion « réduire la tromperie » (consultation 27/11/2020)

https://ilga.org/fr/rapport-therapies-conversion-ILGA-World-Reduire-Tromperie

[21] Nations unies, droits de l’Homme ; Les « thérapies de conversion » peuvent être assimilées à des actes de torture et devraient être interdites, déclare un expert de l’ONU ; identification des thérapies par Victor Madrigal-Borloz, Expert indépendant sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans un rapport fait au conseil des droits de l’Homme (consultation 27/11/2020)

https://www.ohchr.org/fr/NewsEvents/Pages/ConversionTherapy_and_HR.aspx

[22] Nations unies, droits de l’Homme ; Les « thérapies de conversion » peuvent être assimilées à des actes de torture et devraient être interdites, déclare un expert de l’ONU ; déclaration de M. Madrigal-Borloz. (consultation 27/11/2020)

https://www.ohchr.org/fr/NewsEvents/Pages/ConversionTherapy_and_HR.aspx

[23] Sénat ; « proposition de loi n°3030 interdisant les pratiques visant à modifier lorientation sexuelle » présentée par Mme Laurence VANCEUNEBROCK, députée (consultation 27/11/2020)

http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3030_proposition-loi