Une ascension politique fulgurante

Né à Campinas, dans l’État de São Paulo, d’une mère d’origine italienne et d’un père dentiste, Jair Bolsonaro est passé de personnalité politique singulière au statut de représentant principal du courant d’extrême droite brésilienne.

L’ex-capitaine de l’armée âgé de 63 ans, parfois surnommé le «Trump des tropiques», prendra officiellement ses fonctions le 1er janvier 2019.. Bolsonaro, qui ne cache pas sa nostalgie pour les « années de plomb » de la dictature militaire (1964-1985), a séduit des millions d’électeurs avec un discours sécuritaire, malgré ses dérapages racistes, misogynes et homophobes. Il avait frôlé la victoire dès le premier tour le 7 octobre dernier avec 46 % des voix.

L’incarcération de l’ancien président très populaire Lula pour corruption en avril dernier mais aussi la destitution de Dilma Rousseff pour les mêmes chefs d’accusation, ont réduit les chances à néant pour les partis de gauche de présenter un candidat viable. Ce désaveu politique a permis à Jair Bolsonaro de s’élever dans l’opinion publique et de se présenter comme un « sauveur de la patrie », saluant la victoire de la justice dans ces affaires.

Les leviers d’action que propose Bolsonaro face aux nouveaux défis qu’affrontera le Brésil

Si dans le domaine économique, Jair Bolsonaro a su remettre en question sa ligne militaro-nationaliste pour adopter des ambitions bien plus libérales qui collent avec les idées d’un électorat plus vaste et plus jeune, les thèmes de société sont traités avec moins de pincettes. Ainsi, il s’est publiquement opposé à l’union civil entre deux personnes du même sexe, et a même affirmé que les violences corporelles contre des enfants qui présentent des tendances homosexuelles étaient « tolérables ». Défenseur du mouvement conservateur il s’est montré ouvertement hostile à l’avortement ainsi qu’à l’égalité salariale entre les sexes.

Enfin, sur le point de vue de la sécurité intérieure, Bolsonaro se donne comme grand défi celui de pacifier le pays. Victime d’une attaque au couteau le 6 septembre lors d’un bain de foule, le thème de l’insécurité est un domaine qui a été largement mis en avant par le président fraîchement élu, dossier qui inquiète les Brésiliens.

En effet, l’année dernière, on dénombrait près de 60 000 meurtres dans le pays, ramenant à 160 morts par jour et allant jusqu’à 10 % du total des crimes enregistrés dans le monde. C’est en promettant d’endiguer ce phénomène de violence extrême, qu’il a été perçu comme un sauveur de la patrie par la plupart de ses électeurs.

Cependant, l’on peut s’interroger face aux éventuelles méthodes puisque Bolsonaro prodigue une facilitation pérenne du port d’armes pour permettre aux «gens bien» de se faire justice eux-mêmes, mais aussi à donner une protection juridique aux policiers faisant usage de leurs armes en service, jugeant « qu’un bon voyou est un voyou mort ».

Une possible catastrophe écologique ?

Le projet de fusion du Ministère de l’Agriculture avec celui de l’Environnement a suscité de vifs émois parmi les écologistes, qui mettent en garde face à une possible catastrophe écologique. Ces derniers craignent que cette fusion ne revienne à faire un sacrifice de la protection de l’environnement au profit de la satisfaction des intérêts du puissant lobby de l’agro-business notamment le BBB (bœuf, balles et bible) qui soutient publiquement le président nouvellement élu.

Cette fusion est aussi crainte du côté des lobbys, qui craignent justement des représailles via des sanctions commerciales de pays étrangers sur les exportations brésiliennes, en particulier sur celles concernant la viande et le soja, deux productions ayant une forte empreinte écologique.

Quelles conséquences du point du vue du multilatéralisme ?

Au regard de l’élection de Donald Trump, des inquiétudes se fondent au niveau de l’avenir des relations internationales. La crise migratoire que subit le Brésil du fait de l’exode massif des ressortissants vénézuéliens couplé à la crise économique que subit le pays, vient renforcer l’idée naissante que le Brésil pourrait durcir sa politique étrangère, Bolsonaro ayant exprimé sa volonté de se rapprocher avec les Etats Unis.

Muriel Chupin
Diplômée du Master 2 Sécurité Internationale, Défense et Intelligence Economique
de l’Université Sophia Antipolis, Nice