A l’aube de l’incendie qui a ravagé la forêt amazonienne durant le mois d’août 2019, les tensions entre les présidents français et brésilien n’ont cessé de s’accroître. Ces différends ne sont pas sans conséquence, tant au regard des relations diplomatiques que commerciales, notamment au moment où doit être voté l’accord entre le Mercosur et l’Union Européenne.

Qu’est-ce que le Mercosur ? [1]

Le Marché Commun du Sud, communément appelé MERCOSUR, est une communauté économique régionale mise en place à l’initiative de l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay en 1991 par le Traité d’Asunción. Plus tard rejoint par le Venezuela (2006) et la Bolivie (2015), son territoire s’étend désormais sur plus de quatorze millions de kilomètres carrés et accueille une population de presque trois-cent millions d’habitants. Cinquième plus grande économie du monde, son impact est considérable à l’échelle mondiale.

Organisation dont le but premier est la promotion d’un espace commun dans cette région du monde riche en ressources, notamment celle de l’aquifère guarani (réserve d’eau douce), elle cherche également à faire peser ces pays dans l’économie internationale. C’est donc à ce titre qu’est intervenu la négociation d’un accord avec l’Union Européenne afin de favoriser les échanges commerciaux entre ces deux régions majeures du monde.

Que contient l’accord litigieux ? [2]

L’accord commercial est avantageux dans bien des domaines, notamment dans le domaine agricole. En effet, l’adoption de cet accord permettrait de réduire les restrictions tarifaires ce qui apporterait de nombreux bénéfices de croissance. Ajouté à cela, sera fixé l’objectif d’un meilleur approvisionnement des matières premières à un prix plus compétitif. La garantie d’un niveau élevé de production coupée avec une indication géographique permettra donc une préservation de la qualité des produits et du savoir-faire.

Afin de permettre aux pays du MERCOSUR d’avoir accès au marché européen de certains produits (bœuf, éthanol, sucre), les droits de douane seront réduits sur un volume de marchandises déterminée. Cette réduction permettrait d’accroître le poids de celles-ci dans l’économie mondiale donc d’augmenter les économies régionales. L’accès privilégié au marché permet de bénéficier de la « prime du primo entrant » leur permettant ainsi d’instaurer des prix plus compétitifs.

Ainsi, l’élimination de droit de douane très élevés constitue un véritable avantage financier pour les entreprises européennes qui verront leur bénéfice s’accroître. Cette augmentation du bénéfice se fera également ressentir sur les entreprises sud-américaines puisque celles-ci pourront importer à moindre prix puisqu’il n’existera plus de « barrière » au commerce. De ce fait, la compétitivité et la croissance économique de ces deux régions n’en sera que meilleure à l’échelle mondiale, améliorant, de facto, son PIB comme l’a démontré HARRISSON en 1996. En effet, ce dernier a démontré qu’il existe une relation positive entre la libéralisation des échanges et la croissance économique[3].

De plus, l’accord commercial permet aux entreprises européennes de participer à des appels d’offre dans les pays du Mercosur, ce qui entraîne irrémédiablement une augmentation de l’implantation européenne dans le monde, permettant ainsi à la communauté régionale de se développer encore plus, notamment en raison de la présence nord-américaine sur ce territoire.

En effet, bien que la tentative de dollarisation de toute l’Amérique du Sud n’ait pas encore vu le jour, ce processus aurait renforcé la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis démontrant leur influence dans cette région du monde. De ce fait, l’accord conclu avec l’UE aurait permis au MERCOSUR de se relancer économiquement sur le marché afin de trouver une alternative à cette « soumission états-unienne ». Il n’est pas inintéressant de rappeler qu’au lendemain de la guerre froide, qu’une Initiative pour l’Entreprise des Amériques a été proposé afin de traiter des questions commerciales et financières. Cette proposition est accompagnée des multiples accords bilatéraux de libre-échange signés qui ont permis le renfort de l’économie latino-américaine, ce qui a permis aux Etats-Unis d’asseoir une nouvelle fois leur domination sur l’Amérique du Sud[4]. Cette présence américaine se traduit également par les alliances politiques, notamment par le soutien de l’Argentine à l’intervention militaire des Etats-Unis en Haïti lors de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) de 2004[5]

Toutefois, le point le plus litigieux entraînant le refus de ratification du président français se situe dans les engagements environnementaux. En effet, la signature de l’accord commercial inclut le respect de l’accord de Paris sur le climat, le Brésil devant ainsi prendre des mesures pour réduire la déforestation. Bien que cet accord ne soit pas contraignant, la politique agrobusiness du nouvellement élu président brésilien rongerait la forêt amazonienne, inquiétant de plus en plus diverses ONG[6]. Toutefois, il s’agit bien de cette mise en œuvre que le président brésilien n’aurait pas respectée, donnant ainsi une justification parfaite à l’opposition d’Emmanuel MACRON.

Des divergences politiques aux attaques réciproques : quid de l’accord commercial longuement négocié ?

Bien que le conflit soit originellement purement politique, les divergences opposant les deux présidents en exercice se sont étendus sur un terrain plus personnel. En effet, ces derniers se sont livrés à des attaques plus controversées les unes que les autres. Il est difficile de savoir d’où les attaques ont émergé en premier lieu, tantôt le président brésilien s’attaque à son homologue français en le qualifiant de « crétin opportuniste »[7], tantôt se dernier s’empresse de répondre en insinuant que Jair BOLSONARO ne serait pas « à la hauteur »[8] des brésiliens. Alors que nombre d’insultes et désobligeances ont été porté des deux côtés, c’est bien celles frappant la première dame française qui ont provoqué le plus de fracas, entraînant une dégradation quasi-immédiate des relations diplomatiques franco-brésiliennes[9]. Soutenue par de nombreux chefs d’Etat du monde entier[10], Brigitte MACRON s’est émue du soutien apporté par de milliers d’internautes brésiliens[11].

Ainsi, déjà négocié depuis presque dix-neuf ans, l’accord entre le MERCOSUR et l’UE risquerait de ne jamais voir le jour. Il est également à noter que l’Irlande a également apposé son refus d’adopter l’accord si le Brésil ne prenait aucune mesure pour préserver la forêt amazonienne. Toutefois, la situation quelque peu complexe de l’Irlande, en plein Brexit depuis maintenant trois ans, remet en question l’importance de ce refus. Les divergences politiques et les attaques personnelles à répétition n’auront-elles pas eu raison de cet accord tant attendu ?

Aude Montana-De Faria
Master 1 Carrières internationales – Université de Clermont-Ferrand

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Notes de bas de page : 

[1] Site du Mercosur, What is Mercosur consulté le 16 septembre 2019 

[2] Commission européenne, Accord commercial avec le Mercosur – Un énorme potentiel commercial pour l’UE et la France 

[3] Prabirjit Sarkar, La libéralisation des échanges a-t-elle un impact sur la croissance ? Les expériences de l’Inde et de la Corée, Revue Tiers Monde 2005/4 (n°184), pages 907 à 927

[4] ALENA – MERCOSUR : Enjeux et limites de l’intégration américaine, sous la direction de Alais MUSSET et Victor M. SORIA, IHEAL, 2001

[5] Site de la Minustah, consulté le 16 septembre 2019 

[6] AFP Agence, Que contient l’accord UE-Mercosur auquel Macron s’oppose désormais, Le Figaro, consulté le 16 septembre 2019 

[7] AFP et France Info, Brésil : le président Jair Bolsonaro s’en prend à Brigitte Macron, son ministre de l’Education s’attaque à Emmanuel Macron, consulté le 16 septembre 2019

[8] AFP et France Info, VIDEO. « Les Brésiliens ont sans doute un peu honte » : Macron répond aux « propos extrêmement irrespectueux » de Bolsonaro, consulté le 16 septembre 2019

[9] C.D, Brigitte et Emmanuel Macron moqués et insultés par Bolsonaro et son ministre, Le Parisien, consulté le 16 septembre 2019

[10] Anne Saurat-Dubois, Salomé Vincendon, Insultes de Jair Bolsonaro : plusieurs chefs d’Etat ont apporté leur soutien à Brigitte Macron, Bfmtv, consulté le 16 septembre 2019

[11] Ava Djamshidi, Insulte de Bolsonaro : Brigitte Macron touchée par les « excuses » de Brésiliens sur Twitter, Le Parisien, consulté le 16 septembre 2019